A toi, ma France

Je change de sujet pour vous parler de la France. Je ne sais pas si ce blog est le lieu parfait pour cela, mais au vu des récents événements dans l’hexagone, je ne pouvais pas rester muette.

 

A toi, ma France qui ne m’a pas vue naître mais qui m’a vue grandir. A toi qui m’a offert tant de chances. Je veux te dire mon amour, France. A toi qui m’as appris à m’ouvrir au monde et qui par ton histoire a ouvert la voie au monde.

Tu me disais des poésies, ma France. Quand tu me parlais de droits, mes oreilles, mon esprit chantaient. Ce Chant des Partisans qui résonnait dans tes coeurs aurait pu être ton hymne à toi, l’insoumise. Egalité, Liberté et Fraternité sur tes mairies, tes écoles, comme un rappel à l’humanité que tu te refusais de taire.

Toi, ma France aux mille saveurs, aux mille odeurs, tes cultures, riches, fortes, fières, nous ouvrent les yeux et les sens. Chez toi, sur ta terre de refuge, j’ai toujours eu le choix. Tes frontières comme rempart à la cruauté du monde où l’on pouvait encore il y a peu tenter de se reconstruir un chez soi. J’ai eu de la chance avec toi, ma France, merci.

Aujourd’hui, France, je veux te dire que j’ai peur, car tu es malade ma France, et tu ne te soignes pas contre le bon mal. Tu as déjà vécu ça, pourtant. Des anticorps pour lutter contre la haine virale et meurtrière tu devrais encore en avoir légion, je te croyais vaccinée. On aura oublié l’une des nécessaires piqures de rappel. Que ça nous serve de leçon.

Ma France, tu te fais vieille, mais ne perds pas la mémoire, n’oublies pas ce qui t’a faite, ceux qui t’ont construite et reconstruite. On ne mord pas la main de celui qui nous nourrit, c’est la première règle en matière de survie.

Aujourd’hui meurent les derniers garants de notre mémoire, France, tes derniers garde-fous. Sois lucide, il est plus que jamais temps de renouer avec ton héritage. Le vieux diviser pour mieux régner ne fonctionne que pour le règne de la terreur. Aucun soldat solitaire n’a gagné de guerre.

Je ne t’appelle pas aux armes, France et je ne me réduis pas non plus aux larmes. Mais je voudrais tellement te réveiller de ta torpeur aveugle. Ouvre les yeux et lève-toi contre ceux qui te mentent, te divisent, t’affaiblissent. Lève-toi et marche avec ceux qui font le sang et l’oxygène des patries: les Hommes, tous les Hommes.

Tu es belle, ma France. Seulement, n’oublie jamais que la vraie beauté vient de l’intérieur. J’ai peur pour toi, France, car le vers bleu marine que tu as laissé grandir en toi te fait pourrir. Il n’est pas trop tard pour réparer, il n’est jamais trop tard. Mais à l’avenir, tu préviendras pour ne pas avoir à guérir. Un bulletin pour l’espoir fera un bon début.

 

Je t’aime, ma France. J’aimerais ne jamais devoir te quitter, mais je regarde déjà vers l’extérieur.

 

Bien à toi,

 

Une citoyenne multiple.

Umbanda: entre Vodoo et Christianisme, un cigare à la bouche

Le Brésil est un pays qui dispose d’une liberté religieuse très importante, illimitée. Toute confession y est autorisée, respectée,soutenue, la notion de secte n’existe pas. Cette situation entraîne parfois des abus, comme certaines églises évangéliques qui n’hésitent pas à soutirer l’argent du fidèle crédule pour payer au pasteur une montre plaquée or sur laquelle il pourra lire l’heure de la prochaine « réunion ». Cela permet aussi l’existence de rites originaux, qui, à nos yeux européens paraissent absolument exotiques, presque d’un autre âge.

Parmi ceux-ci, j’ai testé pour vous la religion Umbanda. Ce rite récent, fondé en 1908 par le médium Zélio Fernandino de Moraes, dans l’état de Rio de Janeiro, reprend à la fois les idoles du candomblé, les Orixas, et Jésus.

C’était un samedi, mon amie Manon m’avait invitée à assister à la cérémonie de l’église de son ami Bruno, étudiant la semaine, médium le samedi. Rendez-vous à 17h au métro Maracanã, dans la zone Nord pour aller voir ce que c’est. Bruno nous amène jusqu’à une maison réaménagée en lieu de culte, un peu plus loin du métro. La zone Nord de Rio, un endroit où l’on ne va jamais, ou presque, sauf pour les cours, et encore là on ne fait que prendre une passerelle qui nous mène directement du métro à l’intérieur de la fac, et dont on a entendu tout un paquet d’histoires pas rassurantes qui impliquent souvent un flingue. Adrénaline, donc.

La maison est assez grande, un peu ancienne. A l’intérieur, Bruno touche chacune des portes qu’il croise puis porte ses doigts à ses lèvres. Tout est rite. Nous allons nous asseoir sur un petit banc blanc dans la cour intérieure et nous attendons, un peu timides, le temps que Bruno aille revêtir sa tenue de Médium. La décoration est simple. Sur un des murs, un poster représente des chiens qui courent, en face, un tableau noir indique les prochaines cérémonies: Pretos Velhos (vieux noirs) ou Indiens d’Amazonie.

Au bout d’un certain temps, nous rentrons dans la pièce où aura lieu la cérémonie. C’est une pièce divisée en deux dans la largeur par quelques colonnes et un muret, avec une ouverture au centre. Les murs sont blancs, les chaises sont blanches, le sol est blanc, mais au fond, dans les coins, deux spots diffusent une lumière verte qui confère une ambiance étrange à l’ensemble. Dans la première partie de la pièce, qu’on pourrait qualifier de nef, des chaises sont alignées des deux côtés d’une allée centrale qui servira de frontière entre la zone réservée aux hommes et celle attribuée aux femmes. Sur un des piliers, une affichette en papier indique qu’il est demandé de ne pas porter de vêtements d’une couleur sombre, ni de croiser les jambes durant la cérémonie. Raté, j’ai un tee-shirt noir.

De l’autre côté du petit muret qui sépare la pièce en deux se situe la zone réservée au rite à proprement parler. Ce qui nous a frappé en premier lieu est le nombre de personnes qui participent au rite: autant que ceux qui ne font qu’y assister, en tout, une quarantaine de personnes. Rien à voir avec la traditionnelle asymétrie prêtre/fidèles. Ils sont vêtus d’un uniforme de couleur claire, parfois avec un pantalon ou une jupe bleu marine et portent des colliers colorés qui représentent leur grade dans l’église. Il est difficile de tracer un portrait du médium moyen, ils sont de tous âges, tous sexes, toutes couleurs. Au fond de la pièce se tient un autel des plus étranges constitué d’une accumulation d’idoles (ma préférée étant celle de St-George, le Saint Chevalier,qui brandit son épée sur son cheval cambré, très romanesque). A gauche de l’autel, un mannequin à la « peau » marron, vêtu de pagnes et de plumes représente les indiens d’Amazonie, et à droite se situe un trône d’osier sur lequel la maîtresse de cérémonie (une petite vieille à l’air très sérieux) tiendra l’office. Enfin, tout au fond à droite, les percussionnistes tiendront le rôle d’ambiance sonore.

La cérémonie se déroule en deux étapes. Tout d’abord, on chasse les mauvais esprits et on appelle les bons. Pour cela, plusieurs chansons, au refrain scandé à répétition.

« Jesus, Maria, José,

Jesus Maria José,

Agua também é remedio

Mas precisa muita fé »

(Jésus, Marie, Joseph/ L’eau aussi est un remède, mais il faut beaucoup de foi)

Puis, petit à petit, les choses changent. Après un long discours de la maîtresse de cérémonie dos à nous, les médiums commencent à agir bizarrement. Ils se courbent, des stigmates nouveaux apparaissent sur leur visage. L’un après l’autre, ils se tournent vers la porte et poussent de petits cris. On nous expliquera ensuite que c’était pour faire fuir les mauvais esprits. Certains allument des cigares, d’autres boivent un peu d’alcool.

On nous demande ensuite de nous lever, de retirer nos chaussures et de nous mettre en ligne le long de l’allée. Là, l’un après l’autre, on passe devant la « prêtresse » qui nous secoue un porte-encens fumant devant nous, puis dans notre dos. Les chansons reprennent, puis c’est la pause.

Manon et moi commençons à nous sentir un peu plus à l’aise, personne ne nous regarde comme des intruses comme cela nous inquiétait. Néanmoins, on ne sait pas bien comment se comporter et nous sommes soulagées de retrouver quelque chose que nous connaissons: des salgados, (cf, cet article) et des sodas que l’on achète dans la petite buvette de la maison. Ca tombe plutôt à pic, il est déjà 19h passées et on a faim.

Commence alors la deuxième partie de la cérémonie: la consultation des esprits. Nous ne nous sommes pas inscrites au début, sur la liste. On nous a conseillé de ne pas le faire, les esprits auxquels on irait parler sont très anciens et parlent un portugais qu’on ne comprendrait certainement pas, mais ce n’est pas grave, on ne le sentait pas trop et puis de toute façon on était là pour observer. Il n’empêche qu’il faudra quand même se faire purifier et c’est là que les choses commencent à se gâter.

Les médiums sont tous de l’autre côté du muret, assis le dos courbé sur de petits tabourets et préparent leurs offrandes: de l’alcool, des fleurs et du tabac. Sur leur visage on lit vraiment le poids des années, ils sont changés, des personnes physiquement opposées aux êtres jeunes qu’ils étaient au début de la cérémonie. Encore une fois, on nous demande de nous aligner dans l’allée, mais cette fois pour nous rendre de l’autre côté du muret, dans la partie plus sacrée.

Là, un médium nous est désigné. Dans mon cas, une femme d’une trentaine d’années qui avait sur le visage une expression extrêmement sérieuse, méchante, avec au fond des yeux un peu de folie, qui me faisait peur. Elle a commencé par me toucher, frotter mes bras et mes jambes avec énergie comme pour en chasser de la poussière. Devant, puis derrière. Ensuite, avec son cigare, elle m’a soufflé des bouffées de fumée un peu partout avant de les chasser en formant des petits tourbillons avec ses doigts. Nos regards se sont croiser entre Manon et moi, nous avons étouffé un rire nerveux. Puis nous sommes allées nous assoir, sous le choc.

Une fois que tout le monde était passé entre les mains des médiums pour se faire purifier au cigare, une nouvelle file s’est créée, cette fois pour aller discuter avec le médium qui aurait le don de répondre à toutes vos questions, quelles qu’elles soient, même s’il s’agit de lui demander de guérir votre cheville tordue, ou de vous donner des conseils amoureux. C’est à ce moment que nous avons décidé de partir, il était déjà presque 22h et la zone Nord n’est pas l’endroit le plus accueillant de Rio, encore moins la nuit. Bruno, qui ne faisait pas partie des médiums « incarnés » est venu nous rejoindre et en a profité pour nous expliquer quelques miracles de sa religion: sa tante aurait guéri du cancer de manière inexpliquée par des médecins qui la considéraient déjà perdue, et de nous donner quelques explications quant à sa vocation qu’il aurait depuis tout petit. Un don qu’il décrirait comme quelque chose d’inné.

Ce que je retiendrais de cet cérémonie, c’est un énorme doute. Je n’ai jamais été quelqu’un de trop rationnel et j’ai toujours eu envie de croire à ce que la science ne sait pas nous expliquer. Par contre, j’avais toujours perçu la religion, d’autant plus la religion spiritiste comme une énorme arnaque à naïfs. Une manière de leur soutirer des sous avec un bon jeu d’acteur. Ou, dans le meilleur des cas, un espèce d’hallucinogène placebo collectif. J’étais sceptique. Mais de le voir de mes yeux, j’ai vu poindre en moi la lueur d’un doute. Ces gens étaient trop bons acteurs, ils étaient trop persuadés, trop concentrés pour une supercherie. Mais en même temps, c’est trop gros, trop Buffy contre les Vampires. Douteux.

La prochaine fois, je vous raconterai une réunion évangélique, une toute autre histoire. En attendant, pas de Boogie Boogie avant vos prières du soir!

Et s’il y a le feu?

C’est un gigantesque mouvement de protestation que connaît l’état de Rio de Janeiro en ce moment. La poste, les banques, les professeurs du secondaire et bientôt peut-être ceux du supérieur sont en grève. Tous ces mouvements semblent cependant avoir été impulsés par un autre, celui des pompiers, débuté il y a six mois, le 13 avril 2011, sur la plage du Arpoador, préférée des surfers et des touristes.

Campement des pompiers devant l'ALERJ(crédit photo: Manon Désert)

Aujourd’hui, c’est devant l’ALERJ (Assemblée Législative de l’Etat de Rio de Janeiro) qu’ils ont élu domicile, de manière précaire, depuis plus d’un mois en plantant leurs tentes.

L’ambiance est un peu tendue, un peu fatiguée, mais on essaye de garder la bonne humeur, car il va falloir tenir:

« Tant que le gouverneur ne cessera pas de nous ignorer et que nous n’obtiendrons pas gain de cause, nous ne partirons pas. Il n’y a pas pour le moment de fin prévue à notre mouvement » (Naiscimento, pompier chargé de la communication du mouvement)

Dans les tentes, des jeunes essayent de faire la sieste. Surement les enfants des pompiers qui sont en train de prendre un repas accoudés à la buvette de fortune recouverte de bâches installée là pour l’occasion, à quelques mètres des tentes.

Tentes devant l'ALERJ (crédit photo: Manon Désert)

Leurs revendications sont pourtant claires: instauration d’un salaire de base de 2000 R$ avec échelonnement en fonction du grade, la fin du système des gratifications qui contribuent à leur précarité et disparaissent au moment du calcul de la retraite et de la pension de veuvage, ainsi que de meilleures conditions de travail.

Naiscimento devant la buvette

Dans l’état actuel des choses, pompiers et policiers de l’état reçoivent le plus petit salaire du Brésil, soit 1150R$ fixes (moins de 500€), une misère comparée à ce qu’offre l’état de Brasilia: 5900R$, ou encore celui de Sergipe, considéré comme étant le plus pauvre du pays: 3400R$.

Le mouvement est plutôt bien suivi au sein des pompiers eux-mêmes, à part dans le cas de certains gradés qui souffrent de menaces de mutation voire de licenciement de la part du corps politique, leurs patrons. En revanche, il est moins suivi par les policiers qui sont pourtant également à l’origine de la protestation. Naiscimento nous donne quelques explications:

« Grâce à la corruption, ils arrivent à se faire un salaire de 5000R$, ils n’ont donc aucun intérêt à venir se mobiliser ici et donc à perdre ce revenu. »

Une fleur pour chaque jour de campement (crédit photo: Manon Désert)

La corruption, mal qui ronge cruellement le pays, est aussi, selon Naiscimento, la raison pour laquelle le mouvement ne reçoit qu’un faible soutien de la part des politiques. Sur les 70 députés, seuls 12 ont voté en faveur du texte de loi qui devait proposer de nouveaux statuts aux pompiers. Les autres auraient trop grand intérêt à la fois politique et financier à ne pas froisser la volonté du gouverneur, pourtant qualifié à de nombreuses reprises de « dictateur » par les personnes que nous avons interrogées. Parmi les députés qui apportent leur soutien au mouvement, on trouve Marcelo Freixo, député PSol à L’ALRJ depuis 2007, et président de la commission  des droits de l’Homme dans cette même assemblée:

« C’est un mouvement historique auquel on a affaire ici et qui jouit d’un fort impact sur la population, car c’est à la fois la première fois que l’on voit les pompiers faire grève, mais aussi qu’un mouvement prend cette forme là, avec des tentes, un campement. […]  Nous, en tant qu’élus, nous nous devons de faire le lien entre ces revendications du peuple et le pouvoir. Le mandat ne doit pas être une fin, il est un moyen »

Puisse-t-il être entendu. A l’heure où nous écrivons, l’université de l’état (UERJ) envisage elle aussi d’entrer en grève contre le gouverneur qui doit normalement allouer 6% du budget de l’état à ce seul établissement, mais qui ne s’y résout pas. C’est un mouvement massif de protestation contre le gouverneur qui commence à prendre racine, qui s’insinue progressivement dans de nouveaux corps de métier, mais qui devra attendre 2013 et la prochaine élection, pour voir le gouverneur Sergio Cabral quitter son poste.

Street doctor

Ce jour-là, je n’avais pas d’appareil photo sur moi. C’est pourquoi cet article ne sera pas accompagné d’images. Nous allons donc tenter de les faire naître autrement.

Imaginez-vous d’abord le centre de Rio. Comme dans toute grande métropole, c’est une immense fourmilière remplie de monde en flux constant, pressés, joliment emballés dans des costards et des tailleurs. De très hauts immeubles modernes côtoient des bâtiments historiques , et une circulation permanente de voitures, de taxis et de bus rend la traversée des  avenues difficile. Ajoutez à ce tableau des vendeurs de friandises posées sur des tables, au milieu de la rue, de temps en temps un homme qui tire une charrette remplie de carton qui passe au milieu du courant incessant de voitures, et vous obtiendrez une image assez proche de la réalité du Centro Carioca.

Maintenant, imaginez, au milieu de ce désordre, assis à une toute petite table pleine de matériel médical , un petit homme d’une soixante d’années révolue, un peu grisonnant et bientôt chauve, tout tassé sur lui même, de petites lunettes perchées au bout du nez et rasé de près. Il porte une blouse blanche qui a perdu de sa blancheur et autour du cou un stéthoscope qui a vieilli lui aussi.

Il est là, au milieu d’un trottoir, la foule lui passant autour à toute vitesse, et il attend que quelqu’un vienne lui demander ses services. Pour 7R$ il propose un check up complet de santé: cholestérol, tension, rythme cardiaque, diabète, etc. Tout est analysable en à peine 5 minutes grâce à sa batterie de machinerie médicale de pointe dont il est très fier.

Il m’explique qu’il est obstétricien à la retraite, et qu’il profite de son temps libre pour faire ces consultations dans la rue. Il en profite aussi pour réviser son cours de droit qu’il est en train de suivre maintenant par pur intérêt intellectuel. Il a toujours le sourire au lèvres quand il me parle, même s’il pleut un peu et que peu de monde passe le voir.

On discute un peu, il parle vite. Il me dit qu’il aimait aider les femmes à accoucher, et que maintenant qu’il est à la retraite, il veut se rendre utile: il y a beaucoup de monde qui n’a pas les moyens de s’offrir un vrai médecin alors qu’il peut les assurer de leur bonne santé en quelques minutes seulement et pour une poignée de reais. Je lui raconte que je fais des études ici, et que ça me plait. Au bout d’un moment, il me dit que comme je suis polie, il va contrôler gratuitement ma tension. Il sort de sa boîte une petite machine blanche avec un écran, reliée à un brassard autogonflant. Il m’explique que toutes les informations apparaîtront sur l’écran mais me prends quand même le pouls, par habitude certainement, pendant que la machine mesure mes données. Au bout de quelques secondes, le verdict apparaît, je suis en parfaite santé. Même si j’angoissait un peu de l’hygiène moyenne du brassard en plastique qui a dû être utilisé par des centaines de personnes avant moi, mon coeur a gardé un rythme normal.

Enfin, il écrit toutes ces données sur un petit papier grossièrement imprimé à son nom, qu’il me donne. « Ca te fera un souvenir ». Je me lève, il replonge dans ses révisions, et tout repart comme avant.

Le Brésil est un pays où la vie est difficile pour certains, mais où une solidarité existe bel et bien. Si vous avez un peu d’argent vous embaucherez quelqu’un de plus démuni pour tous vos petits travaux. Vous n’oublierez pas de jeter par terre votre canette en métal pour que quelqu’un d’autre la ramasse, la jète avec ses semblables dans un grand sac en plastique qu’il mènera jusqu’à la station  de recyclage. Si vous avez été médecin, vous pouvez passer votre journée assis à une chaise dans le centre, sous la pluie, à attendre. C’est aussi comme ça qu’une société arrive à tourner.

Ordre et progrès… Vraiment?

Comme chacun sait, c’est à Auguste Comte, ponte du positivisme, que le Brésil doit sa Fameuse devise. Cette philosophie pourrait se résumer à renoncer à la question pourquoi? pour se concentrer sur le comment, et donc à agir au lieu de chercher la cause des choses.

Auguste Comte, grand ponte du positivisme

Plutôt jolie comme idée, et on comprend assez facilement que le pays ait choisi une telle devise au sortir de la colonisation. En gros c’est aller de l’avant dont il s’agit, et voilà là un idéal bien universel.

Mais peut-on dire, aujourd’hui, que cette maxime est réellement mise en application?

Pour la partie progrès, d’accord. Plus que jamais peut-être, même. Les financements énormes engrangés par les futurs Jeux Olympiques et Coupe du Monde y sont pour beaucoup dans ce qui semble être l’un des plus grand ravalement de façade de l’histoire du Brésil. Pour accueillir tous les gentils touristes fans de sport et leur argent, l’Etat s’est lancé dans une gigantesque campagne de réhabilitation des principales villes du pays qui passe en premier lieu par la pacification (réussie, apparemment) des favelas qui dominent la ville, puis par la construction de nouvelles et énormes infrastructures, telles des routes, des lignes de chemin de fer et des stades. Malheureusement, toutes ces transformations ont tendance à agir presque exclusivement en faveur des riches.

Blason du BOPE, unité d'élite chargée d'intervenir dans les favelas. Véritable armée.

En effet, la pacification des favelas attire de nombreux investisseurs et fait monter tous les prix, immobiliers comme alimentaires. De manière générale, ces deux évènements majeurs ont créé une forte bulle spéculative et le pays, du moins les grandes villes du pays, souffrent aujourd’hui d’un important boom immobilier qui a fait multiplier par trois le prix moyen des loyers en seulement un an.

Quant aux nouveaux routes/trains/lignes de métro, ils impliquent presque systématiquement une modification profonde la géographie urbaine, et donc la délocalisation des habitants. Ceux-ci se sont souvent vu proposer comme unique solution de rechange un logement très loin de là où ils vivaient, à savoir dans le Cosmos (ce n’est pas une blague, le quartier où on les envoie s’appelle vraiment comme ça, et il porte très bien son nom). Cela est un effet courant de la transformation d’un pays. Le capitalisme possède une certaine force centrifuge qui pousse les pauvres vers les banlieues, afin de donner aux centres une allure de richesse. On maquille la réalité avec des écrans de fumée, mais ça marche. A tel point qu’aujourd’hui le Brésil se retrouve propulsé à la 8ème place au classement mondial du PIB/habitant du FMI, juste devant le Canada.

Mais tout cet aspect de progrès apparaîtrait certainement plus et serait encore plus important si la partie « ordre » de la devise était également suivie à la lettre. Mais non, ici, c’est vraiment le bordel. C’est un bordel joyeux, c’est vrai, un peu coloré, musical, souriant et qui sent souvent bon les grillades. Mais ça reste le bordel.

Par exemple, soyons triviaux,  toute procédure administrative est ici un véritable casse-tête qui vous prendra beaucoup de temps sur votre courte vie. En fait, tout irait bien si chaque administration possédait les mêmes informations, s’il existait une centralisation des procédures. Mais cela ne semble pas être le cas, et les papiers qu’on vous a demandé à un endroit ne suffiront probablement pas ailleurs où vous êtes allé faire exactement la même chose. Car en plus de ne pas disposer des mêmes informations, les lieux dans lesquels vous pouvez faire vos papiers sont très nombreux et très différents, allant du ministère des Finances à la simple poste. En général, une fois sur place avec tous vos papiers, vous prenez un numéro et vous attendez. Longtemps. Mais comme l’ambiance n’est pas au formalisme coincé qu’on pourra trouver dans les mairies françaises, on finit souvent par discuter avec son voisin, de la pluie et du temps que l’on aura encore à attendre, les petites vieilles se racontent leurs histoires de cataracte, et l’attente se fait plus douce.

La carteira de trabalho. Un des documents dont vous aurez besoin en tant que brésilien, pour travailler. La France ne possède pas d'équivalent

Pour se déplacer aussi, le désordre peut être génant. Bon, au bout d’un certain temps, on s’y retrouve, on se fait aux gens qui poussent pour rentrer avant que les autres sortent, on arrive à se repérer dans les arrêts de bus sans qu’ils soient indiqués nulle part, ni dans les bus, ni sur les arrêts eux-mêmes. On se fait à l’idée qu’on devra payer plein pot toute l’année parce que vraisemblablement, on ne comprendra jamais comment fonctionnent les mystérieuses réductions. On s’y fait, certes, même si on a un peu de mal à comprendre pourquoi les télés qui sont dans certains bus indiquent tout, de l’horoscope au résumé des telenovelas, mais pas l’heure, ni le nom des arrêts. On s’y fait, mais ça fatigue.

Parfois, ce désordre est plus que plaisant, quand il s’agit de fête, et que tout est permis. Quand des groupes de Maracatu défilent dans le hall de votre fac en pleine journée, ou que des gens font des claquettes au milieu de la rue à Lapa. Car le bordel, ça veut aussi dire la liberté, le désordre c’est le fait de pouvoir mettre n’importe quoi à n’importe quelle place, et que tout soit accepté. Au delà du fait que la vie puisse être pesante pour les Brésiliens les plus pauvres, on perçoit bien ce sentiment de liberté, ce pouvoir de parler à n’importe qui dans la rue, de séduire qui on veut, de chanter à tue-tête.

Mais d’autres fois, quand il touche la politique surtout et quand il rime avec corruption, le bordel devient la pire tare du pays, et le ronge de l’intérieur. Il y a trois jours, mardi 20 septembre, la population a défilé dans diverses villes du pays et surtout à Rio, munie de balais verts et jaunes pour représenter le ménage à faire dans le parlement, et protester contre l’omniprésence de la corruption.

Manifestation contre la corruption à Rio. Sur la pancarte: "femme de ménage incompétente"

Cette gangrène empêche au pays de profiter pleinement de ses richesses. A cause de certains pourris qui s’en mettent plein les poches, les hôpitaux sont moyens, les écoles publiques au plus bas, les salaires des fonctionnaires ridicules et les routes pleines de trous. Bien sur, quand il s’agit de refaire les stades et de construire des routes pour les joindre entre eux, en somme, pour donner du Brésil une image positive à l’international, l’Etat semble avoir plein de sous, mais pas pour les besoins primaires de la population, et celle-ci le déplore. Mais quand des scandales de corruption éclatent tous les jours, cela commence à se savoir, et l’image que cela renvoie est loin d’être bonne (voyez plutôt, le fameux scandale de la cueca, ou « du slip », ici). Peut-être serait-il temps que les politiques prennent à la lettre la jolie phrase qui est écrite sur leur drapeau et qu’ils mettent un peu d’ordre dans leurs pratiques et du progrès dans leur morale, et, j’en suis sure, tout ira beaucoup mieux.

Le complexe du Corn Flakes

Voilà, à partir de maintenant je vais connaître l’été toute l’année. Et qui dit été, dit chaleur, et qui dit chaleur dit: vivre tout nu ( ou presque). Mais pour vivre tout nu, d’autant plus dans le temple du paraître qu’est Rio de Janeiro, il vaut mieux être beau.

Je me suis donc lancée dans une vaste campagne d’auto-persuasion pour atteindre un mode de vie sain, porter du 36 et pouvoir me pavaner sur la plage sans craindre le regard juge des belles personnes qui m’entourent.

  • Etape 1: manger bien.

Au premier abord, on se dit: facile, il y a des fruits partout. Certes, mais ils sont souvent là pour faire joli, ou pour être transformés en jus auquel on additionne une grande quantité de sucre. Pourquoi rajouter du sucre là où la nature a déjà tout ce qu’il fallait? On ne sait pas. Tout ce qu’on sait c’est que du sucre il y en a partout, et que ce pays est l’enfer du diabétique.

Et puis il existe une chose ici qui est un piège à gourmands flemmards (tout moi quoi). Une invention machiavélique, une création du diable, l’enfer dans votre assiette (si vous voulez maigrir ou au moins arrêter de grossir, sinon, vous êtes le plus heureux des êtres humains, et je vous envie) : le SALGADO

La coxinha, ma préférée des salgados, à la densité équivalente à celle d'une choucroute sous vide

Le salgado est un petit encas généralement très gras, très riche et très salé ( son nom l’indique d’ailleurs puisque « salgado » ne veut dire ni plus ni moins que « salé »). On en trouve de diverses variétés, toujours fourrées à une viande ou un poisson, avec du fromage et généralement accompagné de ketchup en petit tubes en plastique. La cruauté de la chose réside en son prix: 2R$ en moyenne, soit moins d’un euro. Pas cher, plutôt bon, et ça cale. Mais c’est gras. Très très gras. Et tellement salé qu’il vaut mieux l’accompagner de quelque chose à boire qui sera, suivant l’heure de votre petit creux, un jus de fruit ultra sucré, ou une bière, pour ne pas mourir desséché sur le trottoir. Pas top pour garder la ligne, donc.

Bon, rien ne nous oblige à en manger même si c’est fort tentant. C’est vrai. Seulement, le soucis est qu’à part ça, on a le choix entre des sandwichs dégoulinant d’huile, des hamburgers dégoulinant d’huile ou des hot dogs dégoulinant d’huile.

Le hot dog d’ici est quelque chose aussi. Très loin de la saucisse sobrement posée dans du pain et généreusement arrosée de ketchup et de moutarde, ici le hot dog est le met contenant le plus d’ingrédients que je connaisse, et une très grande quantité de sauce.

Hot Dog (cachorro quente), ingrédients: pain, saucisse, maïs, petits pois, oeuf de caille, chips en forme de paille, oignons, mayo, mayo, mayo, ketchup, ketchup, ketchup.

Bref, à part en se cantonnant au traditionnel « arroz com feijão », manger sainement ici est un échec assuré.

  • Etape 2: faire du sport
Là, on est face à un challenge beaucoup plus facile à surmonter, en partie parce qu’il fait souvent chaud et beau, du coup sortir est nettement plus motivant que dans le froid Picard par exemple.
Et puis, presque aussi nombreuses que les églises sont ici les academias, des salles de sport modernes et suréquipées, et qui présentent la particularité étonnante d’être toujours pourvues de baies vitrées très propres pour que les passants puissent admirer les muscles en travail et la sueur perler sur le front des clients, et, accessoirement culpabiliser profondément d’être en train de marcher à deux à l’heure, un salgado dans une main et une bière dans l’autre. Les tarifs sont très abordables et tout carioca moyen possède son abonnement dans l’academia de son quartier. Il y va souvent plusieurs fois par semaine, en chemin vers le travail, ou en rentrant, c’est pour ça qu’on peut souvent le croiser arpentant les rues en tenue de sport. C’est un rituel absolument intégré dans sa routine. Mais comme je ne possède pas l’uniforme local: legging turquoise et guêtres rose fuchsia, ou legging rose fuchsia et guêtres bleu turquoise au choix, je ne peux pas me permettre d’y mettre les pieds.
Autre option, courir sur la plage. Classique. Ici, les coureurs sont tellement nombreux qu’ils possèdent leur propre petite route à côté de la grosse pour les voitures, et qu’il faut donc attendre qu’ils passent pour traverser. Même uniforme que dans la salle de sport, à la seule différence que les hommes courent généralement torse nu, fiers de montrer au monde leurs pectoraux fort développés qu’ils entretiendront ensuite sur un des petits postes à exercice physique disposés le long de la plage. Mais je peux pas, j’ai pas envie.
Dernière option, de loin la plus plaisante: se balader, dans les rues ou dans la nature. Pour les amoureux de rando, le paradis est ici. Vous pouvez très facilement vous retrouver au milieu des arbres, loin de toute civilisation en prenant un bus et en marchant une petite heure, généralement en pente, forte. Le nombre de collines qui existent dans la ville est très important et on peut donc bénéficier d’une grande variété de points de vue sur la ville.

Vue depuis le haut de la Pedra Bonita (merci Manon!)

  • Etape 3: épilation-manucure-chaussures à semelle compensée.
Voilà, quand j’aurai assaini mon alimentation et que j’aurai sculpté mon derrière à force de grimper des collines (j’ai encore beaucoup de chemin à faire pour en arriver là, mais on est confiants), si je veux prétendre ressembler à la brésilienne de base, il me faudra faire disparaître de mon corps toute trace de pilosité, et surtout chérir le bout de mes doigts comme s’ils étaient mon unique raison de vivre. Toutes les femmes ici ont des ongles parfaitement taillés en rectangle  et peinturlurés de couleurs flashy, avec ou sans petit dessins représentant parfois la vierge (si si, je vous assure, je l’ai vu). Avoir des ongles soignés est considéré ici comme une preuve que l’on prend soin de soi, en général, et que l’on n’est pas membre des classes sociales les plus pauvres. Enfin, il faut toujours coincer ses pieds pédiculés dans des chaussures ouvertes à semelle compensée décorées de strass et de paillettes. Et si je veux pousser le mimétisme jusqu’au bout, il me faudra également passer à la mini-jupe, la plus courte possible ( là c’est tout un travail sur ma personne qu’il me faudra faire, en me faisant peut-être aider par un professionnel. Cristina deNouveau Look pour une Nouvelle Vie, elle est bien brésilienne, non?)

Ma tou é magnifaaïque ma chéériiiiiie!

Et comme ça, je serai la plus belle pour aller danser!

Jésus revient

Lorsque l’on vit dans le pays le plus catholique du monde avec près de 1/6 de la population catholique mondiale, et dans une ville dominée par un gigantesque Christ de 38 mètres de haut, illuminé la nuit,

Le Christ rédempteur, de nuit, dans la brume. Mystique.

on devrait s’attendre à en voir des manifestations. Mais, vraisemblablement, j’avais sous-estimé la puissance et l’omniprésence de la croyance ici.

La première chose qui m’a frappée, c’est le nombre d’églises, évangéliques pour la plupart, que l’on peut trouver. Ces églises peuvent avoir des tailles variant entre l’immense cathédrale St Sébastien qui mesure ni plus ni moins de 96 mètres,

Vue de la cathédrale St Sébastien depuis la station du bondinho

à la minuscule église de quartier coincée dans un local commercial, avec pour seuls meubles quelques chaises et une sono, et dans lesquelles on peut faire tenir en tout et pour tout, une dizaine de fidèles et le prètre-animateur, guitare électrique à la main.

Car s’il y a une autre chose qui frappe quand on commence à s’intéresser à la religion au Brésil, c’est la manière de pratiquer, qui est à mille lieues de la messe plus ou moins austère que l’on peut connaître en France. Ici, et comme dans beaucoup d’autres contextes d’ailleurs dans ce pays, la foi se pratique en chanson. Chaque église possède son propre répertoire de chants sacrés aux consonances assez pop que toute la communauté chante en coeur chaque dimanche. D’ailleurs, aujourd’hui, c’est dimanche et par ma fenêtre, je n’entends pas (ou plutôt plus) de cris de supporters enflammés, mais bien un brouhaha de musique religieuse venue des quelques cinq églises qui ont élu domicile dans ma seule rue.

Statues sur les marches d'une église à Ipanema

Dieu est donc partout, en haut de la colline du Corcovado bien sur, mais aussi sur les pare-brises des voitures et des bus. Un secteur fleurissant ici est la fabrication d’autocollants à messages pour la plupart religieux, que l’on trouve sur pratiquement chaque véhicule motorisé du pays.

Mur d'autocollants pour voiture

Dieu est aussi dans les mots des gens, qui prendront souvent congé de vous en vous gratifiant d’un petit « và com deus » (vas avec Dieu). On entendra aussi très souvent des personnes dire « se Deus quiser », le « Inch’ Allah » local, au milieu d’une conversation.

La religion est donc absolument omniprésente, et crée un véritable sentiment de communauté chez les gens. L’église devient un point central de la vie du groupe, en organisant divers évènements. J’ai eu d’ailleurs la chance d’assister par hasard, avec mon ami Charles, à la fête de la communauté jeune d’une église évangélique de Botafogo, Ser e Renascer (Être et renaître). Attirés là par de la musique forte et des jeunes souriant devant un de leurs amis crachant du feu dans la rue, nous avons pénétré dans une salle plutôt vide, avec des rangées de chaises de chaque côté et des lasers verts en guise d’ambiance lumineuse, au fond de la salle, une batterie qui doit certainement servir durant les offices, et au milieu, un tapis sur lequel s’amusaient quelques enfants. A peine deux minutes après que nous soyons rentrés, une jeune fille d’environ quinze ans, tout sourire, nous souhaite la bienvenue, et nous explique que nous sommes là dans la fête mensuelle du groupe de jeunes de leur communauté. Après les présentations, elle prend un papier et nous demande nos noms, prénoms et numéros de téléphone, afin de nous recontacter. Étrange… Nous n’avons pas cédé.

fête des jeunes de l'église Ser e Renascer à Botafogo

Car il faut savoir une chose, c’est qu’au delà des apparences joyeuses, l’Eglise évangélique peut représenter une certaine menace, que l’on peut comparer à celle des sectes. En effet, les fidèles ont une obligation de participation financière. Pas de panier en osier passé entre les rangées dans lequel on jette nonchalamment quelques pièces pour les plus pingres ou quelques billets pour les plus fidèles. Ici, on parle plutôt de 10% du salaire offert d’office à l’église, chaque mois, ce qui peut être problématique pour certaines parties de la population les plus démunies, qui sont d’ailleurs celles qui se rendent le plus dans ces églises.

La religion est donc un marché, un acteur économique de poids et une véritable institution politique. Certains Brésiliens m’ont d’ailleurs confirmé qu’il était dangereux d’écrire sur le sujet, en tant que journaliste brésilien, tant l’influence de l’Eglise est forte. Cette force économique se perçoit aussi dans le nombre de produits dérivés qui sont vendus. Tout le monde connaît par exemple les fameux bracelets de l’église Nossa Senhora do Bomfim de Salvador

bracelets nossa senhora do Bomfim

que l’on doit accrocher à son poignet en faisant trois voeux et attendre qu’ils se décrochent naturellement pour que nos souhaits se réalisent. Plus étonnants que ces produits dérivés dont on trouvera des équivalents sérieux à Lourdes d’ailleurs, sont ces prêtres rockeurs qui sont ici de véritables stars, à l’image du Padre Reginaldo Manzotti, qui totalise plusieurs millions de vues sur You Tube.

Le fait est que cette forte place de la religion donne à la vie ici un aspect mystique, pas désagréable, renforcé encore par la Macumba, cette religion proche du vaudou dont je vous parlerai plus tard. On se surprend à devenir superstitieux, à éviter de croiser le regard des chats noirs et à poser son sac  toujours sur une chaise (le poser au sol ferait partir l’argent, véridique si j’en crois les 1200 R$ qui m’ont été volés une semaine seulement après mon arrivée). En tout cas, on a envie de s’y intéresser, un peu comme pour le foot en fait. Prochaines étapes de ma quête spirituelle: un match et une messe!