Le complexe du Corn Flakes

Voilà, à partir de maintenant je vais connaître l’été toute l’année. Et qui dit été, dit chaleur, et qui dit chaleur dit: vivre tout nu ( ou presque). Mais pour vivre tout nu, d’autant plus dans le temple du paraître qu’est Rio de Janeiro, il vaut mieux être beau.

Je me suis donc lancée dans une vaste campagne d’auto-persuasion pour atteindre un mode de vie sain, porter du 36 et pouvoir me pavaner sur la plage sans craindre le regard juge des belles personnes qui m’entourent.

  • Etape 1: manger bien.

Au premier abord, on se dit: facile, il y a des fruits partout. Certes, mais ils sont souvent là pour faire joli, ou pour être transformés en jus auquel on additionne une grande quantité de sucre. Pourquoi rajouter du sucre là où la nature a déjà tout ce qu’il fallait? On ne sait pas. Tout ce qu’on sait c’est que du sucre il y en a partout, et que ce pays est l’enfer du diabétique.

Et puis il existe une chose ici qui est un piège à gourmands flemmards (tout moi quoi). Une invention machiavélique, une création du diable, l’enfer dans votre assiette (si vous voulez maigrir ou au moins arrêter de grossir, sinon, vous êtes le plus heureux des êtres humains, et je vous envie) : le SALGADO

La coxinha, ma préférée des salgados, à la densité équivalente à celle d'une choucroute sous vide

Le salgado est un petit encas généralement très gras, très riche et très salé ( son nom l’indique d’ailleurs puisque « salgado » ne veut dire ni plus ni moins que « salé »). On en trouve de diverses variétés, toujours fourrées à une viande ou un poisson, avec du fromage et généralement accompagné de ketchup en petit tubes en plastique. La cruauté de la chose réside en son prix: 2R$ en moyenne, soit moins d’un euro. Pas cher, plutôt bon, et ça cale. Mais c’est gras. Très très gras. Et tellement salé qu’il vaut mieux l’accompagner de quelque chose à boire qui sera, suivant l’heure de votre petit creux, un jus de fruit ultra sucré, ou une bière, pour ne pas mourir desséché sur le trottoir. Pas top pour garder la ligne, donc.

Bon, rien ne nous oblige à en manger même si c’est fort tentant. C’est vrai. Seulement, le soucis est qu’à part ça, on a le choix entre des sandwichs dégoulinant d’huile, des hamburgers dégoulinant d’huile ou des hot dogs dégoulinant d’huile.

Le hot dog d’ici est quelque chose aussi. Très loin de la saucisse sobrement posée dans du pain et généreusement arrosée de ketchup et de moutarde, ici le hot dog est le met contenant le plus d’ingrédients que je connaisse, et une très grande quantité de sauce.

Hot Dog (cachorro quente), ingrédients: pain, saucisse, maïs, petits pois, oeuf de caille, chips en forme de paille, oignons, mayo, mayo, mayo, ketchup, ketchup, ketchup.

Bref, à part en se cantonnant au traditionnel « arroz com feijão », manger sainement ici est un échec assuré.

  • Etape 2: faire du sport
Là, on est face à un challenge beaucoup plus facile à surmonter, en partie parce qu’il fait souvent chaud et beau, du coup sortir est nettement plus motivant que dans le froid Picard par exemple.
Et puis, presque aussi nombreuses que les églises sont ici les academias, des salles de sport modernes et suréquipées, et qui présentent la particularité étonnante d’être toujours pourvues de baies vitrées très propres pour que les passants puissent admirer les muscles en travail et la sueur perler sur le front des clients, et, accessoirement culpabiliser profondément d’être en train de marcher à deux à l’heure, un salgado dans une main et une bière dans l’autre. Les tarifs sont très abordables et tout carioca moyen possède son abonnement dans l’academia de son quartier. Il y va souvent plusieurs fois par semaine, en chemin vers le travail, ou en rentrant, c’est pour ça qu’on peut souvent le croiser arpentant les rues en tenue de sport. C’est un rituel absolument intégré dans sa routine. Mais comme je ne possède pas l’uniforme local: legging turquoise et guêtres rose fuchsia, ou legging rose fuchsia et guêtres bleu turquoise au choix, je ne peux pas me permettre d’y mettre les pieds.
Autre option, courir sur la plage. Classique. Ici, les coureurs sont tellement nombreux qu’ils possèdent leur propre petite route à côté de la grosse pour les voitures, et qu’il faut donc attendre qu’ils passent pour traverser. Même uniforme que dans la salle de sport, à la seule différence que les hommes courent généralement torse nu, fiers de montrer au monde leurs pectoraux fort développés qu’ils entretiendront ensuite sur un des petits postes à exercice physique disposés le long de la plage. Mais je peux pas, j’ai pas envie.
Dernière option, de loin la plus plaisante: se balader, dans les rues ou dans la nature. Pour les amoureux de rando, le paradis est ici. Vous pouvez très facilement vous retrouver au milieu des arbres, loin de toute civilisation en prenant un bus et en marchant une petite heure, généralement en pente, forte. Le nombre de collines qui existent dans la ville est très important et on peut donc bénéficier d’une grande variété de points de vue sur la ville.

Vue depuis le haut de la Pedra Bonita (merci Manon!)

  • Etape 3: épilation-manucure-chaussures à semelle compensée.
Voilà, quand j’aurai assaini mon alimentation et que j’aurai sculpté mon derrière à force de grimper des collines (j’ai encore beaucoup de chemin à faire pour en arriver là, mais on est confiants), si je veux prétendre ressembler à la brésilienne de base, il me faudra faire disparaître de mon corps toute trace de pilosité, et surtout chérir le bout de mes doigts comme s’ils étaient mon unique raison de vivre. Toutes les femmes ici ont des ongles parfaitement taillés en rectangle  et peinturlurés de couleurs flashy, avec ou sans petit dessins représentant parfois la vierge (si si, je vous assure, je l’ai vu). Avoir des ongles soignés est considéré ici comme une preuve que l’on prend soin de soi, en général, et que l’on n’est pas membre des classes sociales les plus pauvres. Enfin, il faut toujours coincer ses pieds pédiculés dans des chaussures ouvertes à semelle compensée décorées de strass et de paillettes. Et si je veux pousser le mimétisme jusqu’au bout, il me faudra également passer à la mini-jupe, la plus courte possible ( là c’est tout un travail sur ma personne qu’il me faudra faire, en me faisant peut-être aider par un professionnel. Cristina deNouveau Look pour une Nouvelle Vie, elle est bien brésilienne, non?)

Ma tou é magnifaaïque ma chéériiiiiie!

Et comme ça, je serai la plus belle pour aller danser!
Advertisements

4 réponses à “Le complexe du Corn Flakes

  1. Puisse tu en rentrant porter des tenues commes les jolies femmes de la carte postale ….
    Pour avoir la ligne, pas besoin d’aller dans la salle de sport, une bonne grosse tourista suffit, et je te le dis en connaissance de cause !

  2. Pingback: Umbanda: entre Vodoo et Christianisme, un cigare à la bouche | Caro in Copa

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s