Et s’il y a le feu?

C’est un gigantesque mouvement de protestation que connaît l’état de Rio de Janeiro en ce moment. La poste, les banques, les professeurs du secondaire et bientôt peut-être ceux du supérieur sont en grève. Tous ces mouvements semblent cependant avoir été impulsés par un autre, celui des pompiers, débuté il y a six mois, le 13 avril 2011, sur la plage du Arpoador, préférée des surfers et des touristes.

Campement des pompiers devant l'ALERJ(crédit photo: Manon Désert)

Aujourd’hui, c’est devant l’ALERJ (Assemblée Législative de l’Etat de Rio de Janeiro) qu’ils ont élu domicile, de manière précaire, depuis plus d’un mois en plantant leurs tentes.

L’ambiance est un peu tendue, un peu fatiguée, mais on essaye de garder la bonne humeur, car il va falloir tenir:

« Tant que le gouverneur ne cessera pas de nous ignorer et que nous n’obtiendrons pas gain de cause, nous ne partirons pas. Il n’y a pas pour le moment de fin prévue à notre mouvement » (Naiscimento, pompier chargé de la communication du mouvement)

Dans les tentes, des jeunes essayent de faire la sieste. Surement les enfants des pompiers qui sont en train de prendre un repas accoudés à la buvette de fortune recouverte de bâches installée là pour l’occasion, à quelques mètres des tentes.

Tentes devant l'ALERJ (crédit photo: Manon Désert)

Leurs revendications sont pourtant claires: instauration d’un salaire de base de 2000 R$ avec échelonnement en fonction du grade, la fin du système des gratifications qui contribuent à leur précarité et disparaissent au moment du calcul de la retraite et de la pension de veuvage, ainsi que de meilleures conditions de travail.

Naiscimento devant la buvette

Dans l’état actuel des choses, pompiers et policiers de l’état reçoivent le plus petit salaire du Brésil, soit 1150R$ fixes (moins de 500€), une misère comparée à ce qu’offre l’état de Brasilia: 5900R$, ou encore celui de Sergipe, considéré comme étant le plus pauvre du pays: 3400R$.

Le mouvement est plutôt bien suivi au sein des pompiers eux-mêmes, à part dans le cas de certains gradés qui souffrent de menaces de mutation voire de licenciement de la part du corps politique, leurs patrons. En revanche, il est moins suivi par les policiers qui sont pourtant également à l’origine de la protestation. Naiscimento nous donne quelques explications:

« Grâce à la corruption, ils arrivent à se faire un salaire de 5000R$, ils n’ont donc aucun intérêt à venir se mobiliser ici et donc à perdre ce revenu. »

Une fleur pour chaque jour de campement (crédit photo: Manon Désert)

La corruption, mal qui ronge cruellement le pays, est aussi, selon Naiscimento, la raison pour laquelle le mouvement ne reçoit qu’un faible soutien de la part des politiques. Sur les 70 députés, seuls 12 ont voté en faveur du texte de loi qui devait proposer de nouveaux statuts aux pompiers. Les autres auraient trop grand intérêt à la fois politique et financier à ne pas froisser la volonté du gouverneur, pourtant qualifié à de nombreuses reprises de « dictateur » par les personnes que nous avons interrogées. Parmi les députés qui apportent leur soutien au mouvement, on trouve Marcelo Freixo, député PSol à L’ALRJ depuis 2007, et président de la commission  des droits de l’Homme dans cette même assemblée:

« C’est un mouvement historique auquel on a affaire ici et qui jouit d’un fort impact sur la population, car c’est à la fois la première fois que l’on voit les pompiers faire grève, mais aussi qu’un mouvement prend cette forme là, avec des tentes, un campement. […]  Nous, en tant qu’élus, nous nous devons de faire le lien entre ces revendications du peuple et le pouvoir. Le mandat ne doit pas être une fin, il est un moyen »

Puisse-t-il être entendu. A l’heure où nous écrivons, l’université de l’état (UERJ) envisage elle aussi d’entrer en grève contre le gouverneur qui doit normalement allouer 6% du budget de l’état à ce seul établissement, mais qui ne s’y résout pas. C’est un mouvement massif de protestation contre le gouverneur qui commence à prendre racine, qui s’insinue progressivement dans de nouveaux corps de métier, mais qui devra attendre 2013 et la prochaine élection, pour voir le gouverneur Sergio Cabral quitter son poste.

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2 réponses à “Et s’il y a le feu?

  1. Coucou Caro, je me présente je m’apelle Roma je suis Fan de Rio et je suis tombé sur ton blog par l’intermédiaire de du blog de Antony Dumas. je suis allé à Rio deja 4 fois. et je suis Pompier c’est pour cela que ton article me touche t me fais rebondir !!!! j’aurais aimé faire les démarches nécessaires pour tenter ma chance en tant que pompier au Brésil mais en lisant les articles… ça me refroidit…..
    bref si tu as d’autres infos sur le sujet ou des contacts pouvant m’intéréssé je suis preneur…. longue vie à ton blog et ces sujets sympa et ouvert , à bientôt en privé….

    cordialement….

    Roma

    • Salut Roma!
      Merci pour ton commentaire. Effectivement, la vie des pompiers dans l’état de Rio n’est pas très agréable. Par contre d’autres états proposent de meilleures conditions de travail pour les pompiers. Je comprends que si tu es fan de Rio, tu n’auras peut-être pas envie d’aller voir ailleurs, mais l’état de Brasilia par exemple propose un salaire beaucoup plus élevé à ses pompiers.
      Pour ce qui est de contacts, je ne peux malheureusement pas t’aider, mes informations viennent surtout d’entretiens effectués dans la rue.
      Bonne chance pour la suite!

      Caro

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