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A toi, ma France

Je change de sujet pour vous parler de la France. Je ne sais pas si ce blog est le lieu parfait pour cela, mais au vu des récents événements dans l’hexagone, je ne pouvais pas rester muette.

 

A toi, ma France qui ne m’a pas vue naître mais qui m’a vue grandir. A toi qui m’a offert tant de chances. Je veux te dire mon amour, France. A toi qui m’as appris à m’ouvrir au monde et qui par ton histoire a ouvert la voie au monde.

Tu me disais des poésies, ma France. Quand tu me parlais de droits, mes oreilles, mon esprit chantaient. Ce Chant des Partisans qui résonnait dans tes coeurs aurait pu être ton hymne à toi, l’insoumise. Egalité, Liberté et Fraternité sur tes mairies, tes écoles, comme un rappel à l’humanité que tu te refusais de taire.

Toi, ma France aux mille saveurs, aux mille odeurs, tes cultures, riches, fortes, fières, nous ouvrent les yeux et les sens. Chez toi, sur ta terre de refuge, j’ai toujours eu le choix. Tes frontières comme rempart à la cruauté du monde où l’on pouvait encore il y a peu tenter de se reconstruir un chez soi. J’ai eu de la chance avec toi, ma France, merci.

Aujourd’hui, France, je veux te dire que j’ai peur, car tu es malade ma France, et tu ne te soignes pas contre le bon mal. Tu as déjà vécu ça, pourtant. Des anticorps pour lutter contre la haine virale et meurtrière tu devrais encore en avoir légion, je te croyais vaccinée. On aura oublié l’une des nécessaires piqures de rappel. Que ça nous serve de leçon.

Ma France, tu te fais vieille, mais ne perds pas la mémoire, n’oublies pas ce qui t’a faite, ceux qui t’ont construite et reconstruite. On ne mord pas la main de celui qui nous nourrit, c’est la première règle en matière de survie.

Aujourd’hui meurent les derniers garants de notre mémoire, France, tes derniers garde-fous. Sois lucide, il est plus que jamais temps de renouer avec ton héritage. Le vieux diviser pour mieux régner ne fonctionne que pour le règne de la terreur. Aucun soldat solitaire n’a gagné de guerre.

Je ne t’appelle pas aux armes, France et je ne me réduis pas non plus aux larmes. Mais je voudrais tellement te réveiller de ta torpeur aveugle. Ouvre les yeux et lève-toi contre ceux qui te mentent, te divisent, t’affaiblissent. Lève-toi et marche avec ceux qui font le sang et l’oxygène des patries: les Hommes, tous les Hommes.

Tu es belle, ma France. Seulement, n’oublie jamais que la vraie beauté vient de l’intérieur. J’ai peur pour toi, France, car le vers bleu marine que tu as laissé grandir en toi te fait pourrir. Il n’est pas trop tard pour réparer, il n’est jamais trop tard. Mais à l’avenir, tu préviendras pour ne pas avoir à guérir. Un bulletin pour l’espoir fera un bon début.

 

Je t’aime, ma France. J’aimerais ne jamais devoir te quitter, mais je regarde déjà vers l’extérieur.

 

Bien à toi,

 

Une citoyenne multiple.

Et s’il y a le feu?

C’est un gigantesque mouvement de protestation que connaît l’état de Rio de Janeiro en ce moment. La poste, les banques, les professeurs du secondaire et bientôt peut-être ceux du supérieur sont en grève. Tous ces mouvements semblent cependant avoir été impulsés par un autre, celui des pompiers, débuté il y a six mois, le 13 avril 2011, sur la plage du Arpoador, préférée des surfers et des touristes.

Campement des pompiers devant l'ALERJ(crédit photo: Manon Désert)

Aujourd’hui, c’est devant l’ALERJ (Assemblée Législative de l’Etat de Rio de Janeiro) qu’ils ont élu domicile, de manière précaire, depuis plus d’un mois en plantant leurs tentes.

L’ambiance est un peu tendue, un peu fatiguée, mais on essaye de garder la bonne humeur, car il va falloir tenir:

« Tant que le gouverneur ne cessera pas de nous ignorer et que nous n’obtiendrons pas gain de cause, nous ne partirons pas. Il n’y a pas pour le moment de fin prévue à notre mouvement » (Naiscimento, pompier chargé de la communication du mouvement)

Dans les tentes, des jeunes essayent de faire la sieste. Surement les enfants des pompiers qui sont en train de prendre un repas accoudés à la buvette de fortune recouverte de bâches installée là pour l’occasion, à quelques mètres des tentes.

Tentes devant l'ALERJ (crédit photo: Manon Désert)

Leurs revendications sont pourtant claires: instauration d’un salaire de base de 2000 R$ avec échelonnement en fonction du grade, la fin du système des gratifications qui contribuent à leur précarité et disparaissent au moment du calcul de la retraite et de la pension de veuvage, ainsi que de meilleures conditions de travail.

Naiscimento devant la buvette

Dans l’état actuel des choses, pompiers et policiers de l’état reçoivent le plus petit salaire du Brésil, soit 1150R$ fixes (moins de 500€), une misère comparée à ce qu’offre l’état de Brasilia: 5900R$, ou encore celui de Sergipe, considéré comme étant le plus pauvre du pays: 3400R$.

Le mouvement est plutôt bien suivi au sein des pompiers eux-mêmes, à part dans le cas de certains gradés qui souffrent de menaces de mutation voire de licenciement de la part du corps politique, leurs patrons. En revanche, il est moins suivi par les policiers qui sont pourtant également à l’origine de la protestation. Naiscimento nous donne quelques explications:

« Grâce à la corruption, ils arrivent à se faire un salaire de 5000R$, ils n’ont donc aucun intérêt à venir se mobiliser ici et donc à perdre ce revenu. »

Une fleur pour chaque jour de campement (crédit photo: Manon Désert)

La corruption, mal qui ronge cruellement le pays, est aussi, selon Naiscimento, la raison pour laquelle le mouvement ne reçoit qu’un faible soutien de la part des politiques. Sur les 70 députés, seuls 12 ont voté en faveur du texte de loi qui devait proposer de nouveaux statuts aux pompiers. Les autres auraient trop grand intérêt à la fois politique et financier à ne pas froisser la volonté du gouverneur, pourtant qualifié à de nombreuses reprises de « dictateur » par les personnes que nous avons interrogées. Parmi les députés qui apportent leur soutien au mouvement, on trouve Marcelo Freixo, député PSol à L’ALRJ depuis 2007, et président de la commission  des droits de l’Homme dans cette même assemblée:

« C’est un mouvement historique auquel on a affaire ici et qui jouit d’un fort impact sur la population, car c’est à la fois la première fois que l’on voit les pompiers faire grève, mais aussi qu’un mouvement prend cette forme là, avec des tentes, un campement. […]  Nous, en tant qu’élus, nous nous devons de faire le lien entre ces revendications du peuple et le pouvoir. Le mandat ne doit pas être une fin, il est un moyen »

Puisse-t-il être entendu. A l’heure où nous écrivons, l’université de l’état (UERJ) envisage elle aussi d’entrer en grève contre le gouverneur qui doit normalement allouer 6% du budget de l’état à ce seul établissement, mais qui ne s’y résout pas. C’est un mouvement massif de protestation contre le gouverneur qui commence à prendre racine, qui s’insinue progressivement dans de nouveaux corps de métier, mais qui devra attendre 2013 et la prochaine élection, pour voir le gouverneur Sergio Cabral quitter son poste.

C’est un début

C’est ici que tout commence. Ou plutôt, tout a commencé lorsque j’ai passé les premiers contrôles. Lorsque les rayons X ont passé au crible toutes mes affaires, et qu’il n’était plus possible de faire marche arrière. L’attente a prit fin pour laisser place au voyage.

Dès que j’ai mis les pieds dans l’avion, ma poitrine s’est remplie d’une excitation toute nouvelle, celle qui accompagne les changements majeurs dans une vie. Cette année, c’est le plus grand changement de la mienne, même si je ne pars pas en terre totalement inconnue.

Je reviens donc, un an après ma dernière visite, sur la terre de ma famille, sur la terre de mon sang. Et ça se sent. La première bouffée d’air brésilien dans mes poumons fut comme une décharge électrique, pleine de joie, d’opportunités. En une inspiration, j’ai senti ce que sera ma vie pendant un an, ce fut entêtant, j’en ai eu le vertige, j’ai souri.

Ici, je vais donc essayer de faire partager ce que je vis, de faire découvrir à ceux que cela intéresse, ce qu’est réellement la vie au Brésil, toujours avec mon regard de Française, bien sur. Mais de Française éclairée, j’espère. Je vais tâcher de toujours accompagner mon récit au moins d’images, sinon de son, afin de rendre le voyage que vous ferez ici véritable, au plus proche de la réalité. J’essayerai aussi toujours de choisir un angle à chacun de mes articles, pour qu’ils soient un moyen d’apprendre des choses, et non seulement un moyen de vider ma tête. Vous n’êtes pas là pour ça.

Je vais essayer, on verra.

En attendant le premier véritable article, voici une photo, la première, comme un amuse-gueule.

Bonne lecture, et au plaisir!

Vue de Rio depuis la colline de Santa Teresa